Zones à risques : comprendre le potentiel d’inondation des bassins versants

Publié le lundi 19 juin 2019 à 07h55 HAE

Par Héléna Dagnogo : Rédactrice scientifique/ Journaliste Radio/ Représentante officielle 

Collaboration : Stéphane Brou

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En raison de leur proximité avec les bassins versants, les zones à risques demeurent potentiellement inondables.Découvrez les différents facteurs amplifiants les effets de ce phénomène hydrologique.

Qu’est-ce qu’une zone à risque ?

Pour mieux comprendre la notion de risque, il faut considérer « simultanément et sur une même parcelle d'espace, un phénomène physique (en l'occurrence, la présence d'eau) et une utilisation sociale de ce même espace qui souffre (ou tire profit) de cette présence d'eau.»

Les théoriciens de la cindynique définissent le risque comme étant le « résultant de deux facteurs réputés indépendants que sont l'aléa et la vulnérabilité.»

 L’aléa « est défini comme lié uniquement au phénomène physique considéré […] et fait l'objet de l'essentiel des travaux en hydrologie et hydraulique appliqués à la gestion des risques d'inondation. Il dépend du comportement hydrologique du bassin versant et du fonctionnement hydraulique du réseau hydrographique.»  La vulnérabilité quant à elle « traduit le fait que des dommages économiques directs et indirects, et plus ou moins sévères, apparaissent lorsque l'eau inonde une parcelle.»


Une zone à risque, c’est donc un milieu qui présente un potentiel d’inondation. Il s’agit entre autres de la zone inondable. On parle de risque positif « quand l'aléa est supérieur à la vulnérabilité et négatif quand il lui est inférieur. La recherche d'une solution passe non plus par une minimisation du risque, mais par une recherche de risque « négatif », c'est-à-dire « acceptable ».

Qu’est-ce qu’un bassin versant ?

Le bassin versant est une « surface drainée par un cours d'eau, en amont d'un point définissant son exutoire », comme le souligne Ambroise Bruno, spécialiste français en hydrologie. C’est aussi une « unité de base pour la gestion, l'aménagement et la protection des ressources en eau.» Le spécialiste Ambroise Bruno (1998) identifie deux qui sont processus reliés au fonctionnement hydrologique des bassins versants : le processus superficiel et le processus souterrain.

  •  Le processus superficiel : « dès que l'intensité des pluies dépasse l’infiltrabilité du sol, elle-même variable selon son humidité, il y a saturation de la surface « par le haut » ; après avoir rempli les dépressions superficielles, l'eau en excès s'écoule par sur les versants pour former l'écoulement rapide de crue. Le reste de l'eau s'infiltre et contribue à la et au par un écoulement lent à travers les formations superficielles. » (Ambroise, 1998)

  • Le processus souterrain : « l'eau disponible en surface s'infiltre dans le sol non saturé et percole en profondeur en poussant par effet piston l'eau déjà présente avec la formation d'un front d'infiltration d'autant moins régulier et un effet piston d'autant moins efficace que l'apport en surface et la distribution de la porosité sont localement plus hétérogènes.» En effet, « la part du ruissellement dans l'écoulement de crue peut être faible, voire même nulle : les crues proviennent alors essentiellement de l'eau infiltrée, soit par écoulement hypodermique dans les sols, soit via une recharge rapide des nappes.» (Ambroise, 1998)

Ambroise B précise aussi que « tous ces processus qui se produisent dans la matrice poreuse peuvent être accélérés et amplifiés par des écoulements en macropores lorsque le sol et le sous-sol présentent une macroporosité à extension verticale et/ou latérale importante (système racinaire décomposé, galeries d'animaux, fentes de dessiccation, fissures et fractures dans la roche, conduits karstiques...). »

Le potentiel d’inondation des bassins versants

Les précipitations jouent un rôle essentiel dans l'approvisionnement en eau d’un bassin. Selon Ambroise B (1998) : « Pour un événement pluvieux donné, la réponse du bassin (volume et forme de l'hydrogramme) dépend de la nature (pluie, neige) et du volume total de l'apport, mais aussi de son intensité généralement très variable et de sa durée.» Le spécialise poursuit en indiquant que le bassin versant « apparaît comme un assemblage de réservoirs interconnectés, où chaque réservoir peut être caractérisé par une capacité maximale, chaque connexion par un débit maximal. Caractérisant l'aptitude du milieu tant à stocker qu'à transmettre l'eau, ces valeurs peuvent bien sûr varier dans le temps et l'espace au sein du bassin.»

Pour prévenir les inondations

Afin de lutter de manière efficace contre les dangers liés aux inondations, il faut désurbaniser les zones habitées autour des bassins versants. Cependant, comme le souligne le spécialiste, « la prise en compte des risques naturels dans l'aménagement du territoire pose le problème d'un équilibre à trouver entre les perspectives de développement, de protection et de mise en valeur des territoires à différentes échelles. »

Des mesures sont à prendre afin évacuer les populations des zones à risques. Un triste constat demeure : les populations s’entêtent parfois à résider dans ces zones. Prenons le cas de la Côte d’Ivoire, un pays d’Afrique de l’Ouest où « malgré les mesures du gouvernement, plusieurs ménages habitent toujours les zones à risques. Les causes seraient, la proximité du lieu de travail, la pauvreté, les coûts élevés du logement ou l’attente d’une aide conséquente du gouvernement pour leur relocalisation. »

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- GLOSSAIRE:

Cindynique : regroupement des sciences qui étudient les risques, on l’appelle aussi « science du danger »

Crue : élévation du niveau dans un cours d’eau

Macropores : dont les pores sont de grandes tailles. Les pores ici désignés font référence aux canaux de sorties 

Karst (conduits karstiques) : voie d'écoulement résultant de la dissolution de roches carbonatés "ensemble de formes comparables se développant dans les roches salines." (Comité National Français des sciences Hydrologiques Commission de Terminologie, 2000)

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Sources :

[1] Gilard, O. & Gendreau, N. (1998). Inondabilité : une méthode de prévention raisonnable du risque d'inondation pour une gestion mieux intégrée des bassins versants. Revue des sciences de l'eau / Journal of Water Science, 11 (3), 429–444. Page 433. https://id.erudit.org/iderudit/705315ar 

[2] Ambroise, B. (1998). Génèse des débits dans les petits bassins versants ruraux en milieu tempéré: 1 - Processus et facteurs. Revue des sciences de l'eau / Journal of Water
Science, 11 (4), 471–496. http://id.erudit.org/iderudit/705317a

[3] Nathalie Pottier (2000/2) Risque d'inondation, réglementation et territoires. In: Hommes et Terres du Nord, 2000/2. Hydrosystèmes, paysages et territoires. pp. 93-101;

[4] Dictionnaire français d'hydrologie (Comité National Français des sciences Hydrologiques Commission de Terminologie) [En ligne], consulté le 18/08/19

[5] OCHA (2014) Côte d’Ivoire: Zones à risques d’inondations et de choléra

http://bit.ly/30pKvFP

- Crédit photo : MD Rasel Molla  from Pexels

 

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