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  • Yves-Landry Kouamé

Côte d’Ivoire: quand la démocratie est à l’épreuve, l’environnement s’incline

Berceau d’une biodiversité unique il y a soixante ans, le patrimoine naturel ivoirien ne finit pas de déchanter sous le poids des soubresauts démocratiques.

© Iwaria


Il y a une soixantaine d’années, entre l’humide et le chaud, la polymorphie climatique de la Côte d’Ivoire

favorisait l’exubérance d’une flore merveilleuse et le développement d’une faune exceptionnelle.


Mais aujourd’hui les crises ont presque tout emporté. Sur la route de la démocratie, ce pays au patrimoine

floristique et faunistique immense n’a pas été épargné par les récessions.


Sur la route de la démocratie


La démocratie ivoirienne est le fruit d’une politique tournée vers la coopération internationale. Quand les règles internationales suggèrent donc des régimes démocratiques, il faut s’adapter. Le principe de conditionnalité qui s’est appliqué lors de l’accession à l’indépendance des pays ayant opté pour une rupture moins rigoureuse d’avec la métropole, s’est aussi appliqué dans les années 90 avec François Mitterrand. « La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté ». Dans ce discours au sommet franco-africain de la Baule, le président français venant d’introduire une donne nouvelle dans les échanges : la liberté pour les peuples africains de choisir leurs dirigeants, d’aller vers un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Cet appel à la démocratie a donné lieu à de fortes ambigüités dans les anciennes colonies de parti unique.


Dans la foulée, la Côte d’ivoire négocie sa première élection démocratique entre avril et octobre 1990. Était-elle socialement, politiquement et culturellement préparée à accueillir le jeu démocratique tous les 5 ans ? La suite des évènements ne nous donne pas l’aisance de répondre par l’affirmative. En effet, les années après cette élection, comme un coup du sort, ne seront que troubles. L’année 1993 est marquée par le décès du bâtisseur de la Côte d’Ivoire moderne, feu Félix Houphouët Boigny. Le Baobab tombé, le bruit fut lourd, la première alternance ouvrait la voie à une instabilité sans précédent car les enfants du vieux, de mères différentes, ne s’accorderont pas malgré la clarté des textes constitutionnels.

Celui qui héritera du pouvoir dans une continuité logique et selon la constitution, sera renversé en 1999 par un coup d’État. Depuis lors, il a fallu composer, vivre et préparer l’avenir dans la crainte d’une crise sociopolitique tous les cinq ans. Toutes les manifestations de la démocratie ont abrégé des vies. Chaque fois que le peuple a dû se présenter aux rendez-vous de la liberté de choisir, que ce soit pour des élections présidentielles, municipales, législatives, le pays a été violemment secoué. En somme et pour résumer sans trop dire, la Côte d’ivoire, c’est un coup d’État en 1999, une guerre civile en 2002, une crise post électorale en 2011, une mutinerie en 2017 et une crise préélectorale en cours avec déjà une cinquantaine de victimes et selon toute vraisemblance, une crise post électorale en cas d’élection le 30 octobre 2020. Or dans la seule région du Haut-Sassandra, de 2002 à 2011, les tensions politiques et sociales ont fait 9736 pertes en vies humaines selon une ONG locale.

Expectative oblige, retenons que les impacts de ces alternances démocratiques entortillées sont énormes et presqu’irrattrapables notamment sur le plan écologique. Qui parlera de protection de l’environnement en période de crise politique ? Quand la démocratie s’exprime, l’écologie se taie. Quand la démocratie est à l’épreuve, l’environnement s’incline.


Quand la démocratie est à l’épreuve, l’environnement s’incline


La Côte d’Ivoire à l’instar de nombreux pays Africains, a cette particularité d’offrir des conditions naturelles favorables à la faune et à la flore.

Entre l’humide et le chaud, sa diversité climatique a donné un climat propice à l’exubérance d’une flore merveilleuse mais aussi au développement d’une faune exceptionnelle. Malheureusement, cette richesse naturelle s’atrophie sous le poids des crises intestines.


À l’issu de la longue période d’échanges de tirs en 2011, l’une des images choquantes de la dégénérescence fut l’état du Zoo d’Abidjan. Près d’une décennie après, malgré une opération d’urgence pour lui redonner un coup d’air frais, ce lieu ne fait toujours pas rêver les animaux encore moins les touristes. Du côté de la flore, 300 000 hectares de forêt disparaissent chaque année en Côte d’Ivoire selon la Sodefor, société de développement des forêts ivoiriennes. Le pays est passé de 16,5 millions d’hectares de couvert végétal en 1960 à moins de 2 millions d’hectares aujourd’hui. De plus, quasiment tous les 13 parcs nationaux et réserves naturelles ont subi des infiltrations à plus ou moins grandes échelles selon l’Office ivoirienne des parcs et réserves. Ces infiltrations ont été possibles lors des différentes crises qui ont sapé le rayonnement du pays entre 1999 et 2011.


Car la surveillance n’étant plus de rigueur et l’insécurité grandissante, certaines populations n’ont pas eu d’autre choix que de se retrancher dans des espaces naturels dits protégées, n’hésitant pas à y pratiquer l’élevage et toutes sortes de prédations pour survivre. Pourtant en Côte d’ivoire, la chasse est interdite depuis 1974 mais le fait de manger de la « viande de brousse » reste une pratique courante comme faisant partie d’une culture à part entière. L’écart entre la volonté affichée par les dispositions légales et les faits est vaste. S’il n’y avait pas eu Ebola, personne ne saurait l’existence d’une telle interdiction. En fait, le regard que les populations portent sur le milieu naturel est loin d’être bienveillant, c’est un regard de prédation. Mais une fois qu’elle n’existera plus, où trouverons-nous à manger ? Une fois que les espèces que nous chassons au lieu d’introduire dans le système d’élevage n’existeront plus vers quelles autres espèces allons-nous converger ?


Quand la démocratie s’exprime en Côte d’Ivoire, l’environnement en pâtit. Il est temps de penser ensemble à bâtir durablement Demain comme une vraie Nation. Chaque Ivoirien, chaque habitant de la Côte d’Ivoire a intérêt à contribuer au projet commun de la Paix.


Il y a tout pour vivre en harmonie en Côte d’Ivoire


Avec plus de soixante langues locales, la Côte d’Ivoire, est d’abord un pays aux multiples visages où l’intelligence linguistique a sans cesse dû se réinventer pour faciliter la cohabitation.

Comme le Portugnol, la langue de la triple frontière en Amérique latine, le Nouchi en Côte d’Ivoire permet facilement à un Sénoufo de parler à un Baoulé, un Bété ou un Yacouba. Les mets locaux sont multiples selon les ethnies, mais le Garba national n’a pas d’ethnie. Au garbadrome, les ivoiriens se bousculent pour avoir le plus gros poisson thon sans jamais en arriver aux mains. L’humour ivoirien est unique, reconnu dans toute l’Afrique. Les chrétiens sont invités aux fêtes musulmanes et les musulmans sont invités aux fêtes chrétiennes. De tous les territoires d’Afrique de l’Ouest, vous remarquerez que la Côte d’Ivoire est l’un des pays les plus accueillants avec un taux d’immigration d’environ 25%. Béninois, Burkinabés, Ghanéens, Guinéens, Libanais, Maliens, Nigérians, Nigériens et Sénégalais y trouvent confortablement leurs comptes, développent bien d’activités lucratives et vivent dans d’excellents voisinages.

Il y a donc tout pour vivre en harmonie en Côte d’Ivoire alors si c’est la démocratie qui pose problème, il serait peut-être temps de réfléchir à un autre modèle d’expression de la volonté du peuple.


Yves-Landry Kouamé


Pour aller plus loin :

http://afrilex.u-bordeaux4.fr/sites/afrilex/IMG/pdf/2dos3bolle.pdf

https://news.abidjan.net/h/413259.html

https://journals.openedition.org/etudescaribeennes/17124

https://www.courrierinternational.com/article/presidentielle-dix-ans-de-crise-en-cote-divoire-une-

election-et-le-spectre-de-nouvelles

https://www.zooabidjan.org/

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